Depuis
ma première rencontre fortuite, fin mai 1968, sur les bords du lac de Lucerne,
avec ce roi mage au sourire malicieux, ce mystérieux joueur d’échec
qui s’appelait Marcel, se disait « marchand de fromage » et
avec qui j’avais fait alors une excursion extravagante, en Volkswagen vert
pâle, dans l’Emmental voisin, je tente d’élucider cette
question fondamentale : quel lien énigmatique existe-t-il entre images,
plumages, ramages et fromages ?
Cet
automne, à attitudes, je tenterai d’y répondre pour la première
fois de vive voix en public. Dans son Dictionnaire des idées reçues,
Flaubert fait noter à Bouvard et Pécuchet, en guise de définition
du mot « fromage » : citer l’aphorisme de Brillat-Savarin, «
un dîner sans fromage est une belle à qui il manque un oeil ».
| 
Hans
Peter Litscher (photo : Steeve Iuncker) |
Depuis
des années, j’explore le domaine de l’art par ses marges :
les victimes de l’art (Victims of Esthetic Echoes) dans ma
conférence Kunst kann ins Auge gehen donnée à la Fondation
Cartier à Paris et à la Haus der Kunst à Munich, le patinage
artistique avec Gaston Seelbach, le règlement de trafic et l’art
de la danse avec Laura Wolff, le cyclisme artistique avec Wanda Tura,
ainsi que les arts martiaux avec Eleonora
Duse et son Kangourou Boxeur. En me penchant sur l’art et le fromage,
je pense enfin pouvoir aborder une question centrale concernant cette réflexion
sur l’art, celle de la fabrication, du procédé alchimique
artistique même.
Car
si certains des plus grands créateurs du XXe siècle (ne citons ici
que James Joyce ou Marcel Duchamp) sont toujours restés particulièrement
énigmatiques sur leur travail artistique, ils ont néanmoins dévoilé,
à moult reprises, leurs rapports privilégiés et leurs passions
pour le fromage, sa fabrication et sa consommation.
Hans
Peter Litscher (CH, 1955, basé à Paris)