Pierre-Philippe
Freymond
Chimères 1 |
|
Chimère
1, installation présentée au Mamco ( état
de la floraison au 21 mars 2004)
cliquer sur les images pour les agrandir (environ 40k par image)
Pierre-Philippe
Freymond met en forme le jardin de tous les possibles, en présentant
d'inquiétants incubateurs à tulipes. Des bulbes flottent dans de
grands bacs aseptisés alors que sont diffusées à intervalles réguliers
des images d'un élevage bovin et un bruit sourd. La présentation
clinique et froide inquiète les visiteurs, mais le dispositif est
bien plus pervers. En effet, l'artiste, biologiste, a incorporé
au liquide de culture de l'ADN de veau et des substances mutagènes
rendant une intégration possible par les plantes. La chimère est
donc bien réelle, les végétaux pouvant potentiellement intégrer
à leur patrimoine héréditaire des séquences d'ADN constitutives
du monde animal.
Si l'installation
de Pierre-Philippe Freymond se sert des progrès récents de la science
et convoque des problématiques actuelles qui leur sont liées, elle
s'intègre à une histoire de l'art des jardins, un art de confrontation
entre nature et culture. On peut se rappeler ainsi qu'un jeu de
sélections naturelles assidu a éloigné par lente modification génétique
et à seul dessein esthétique les multiples variétés de tulipes de
leur ancêtre commun provoquant des périodes historiques d'engouement
frénétique.
Hormis la volonté d'astreindre le monde végétal à une forme esthétique
artificielle, l'histoire des jardins relève de l'affrontement de
deux chronologies distinctes, le temps organique et l'éphémère de
la vie humaine. Si le premier connaît un cycle naturel qui nous
a permis de rythmer notre quotidien, la proximité artificielle et
organisée avec celui-ci ne fût conçu que comme rappel de la fragilité
de notre existence : pas de cimetière sans fleur, pas de parc sans
arbres centenaires.
Toutefois, l'installation de Pierre-Philippe Freymond bouleverse
les standards de cette confrontation. Si rien du processus génétique
potentiel n'est visible, le savoir effectif au moment même où on
contemple les végétaux le rend omniprésent. Si l'une des angoisses
récurrentes du romantisme était de prendre conscience des forces
naturelles, fût-ce en parcourant des espaces étudiés et élaborés
pour les suggérer, la vague connaissance courante des avancées scientifiques
actuelles nous inquiète, à l'inverse, par la possibilité qui semble
offerte aux hommes de reprendre le contrôle absolu de la puissance
de création.
Mais si tout aménagement végétal est un rapport de force, il n'en
est pas moins une construction fragile et légère. Il en va de même
de Chimère 1: à la lumière de néons horticoles, les corolles et
les tiges de tulipes nous apparaissent dans leur grande vulnérabilité.
Et comme tout jardin est un art vivant, cette oeuvre à une vie cyclique.
Floraison prévue le 21 mars, jour de l'équinoxe de printemps.
Samuel Gross
Chimère
1 est présentée au Mamco
sur une proposition d'attitudes, du 24 février au 9 mai 2004.
|