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Christoph Draeger a considéré que les quatre salles mitoyennes mises à sa disposition
formaient naturellement un appartement: celui d'un maniaque de
la catastrophe. Dans le couloir d'entrée, une canne, scellée dans
un cube de béton gravé de l'inscription Quo vadis donne le ton:
béquille inutile - normalement destinée à une personne physiquement
diminuée ou accidentée - elle est paralysée par le poids de son
"socle". Questions existentielles, précarité de la vie, solidité
et densité du réel seront passés au crible de l'humour noir de
l'artiste.
Dans la chambre à coucher, un lit accueille le visiteur. Le motif
imprimé sur la couette reprend la fameuse photographie de l'explosion
de la navette Challenger, tandis que, sur la paroi, une reproduction
de la "Destroyed Room" de Jeff Wall "veille" sur le sommeil du
dormeur. Le visiteur souffrant d'insomnie pourrait, quant à lui,
ouvrir l'étui à violon caché sous le lit et caresser la lourde
bombe métallique qu'il renferme; écouter des disques - enregistrements
live - de quelques légendes du rock disparues (Elvis, Jim Morrison,
Janis Joplin, etc.); ou encore dévorer les trésors de la bibliothèque,
ouvrages traitant, comme il se doit, de catastrophes.
Dans le salon, un grand rideau de papier fin pend devant la fenêtre.
Une façade d'immeuble y est imprimée. Un coup de vent intempestif
et l'immeuble s'"écroulerait". Dans la même pièce, une télévision
diffuse un programme unique: "Apocalypse now", bande vidéo composée
de scènes de catastrophes extraites de films de fiction. Le montage
serré des séquences en exacerbe l'intensité dramatique, au point
que le tragique bascule dans le comique. Seul un canard empaillé,
posé sur la TV, peint de noir comme en souvenir d'une quelconque
marée noire, semble ne pas s'en apercevoir.
Sur les murs de la salle voisine sont collés plusieurs puzzles
achevés, réussis. Mais il ne représentent que des carlingues d'avions
déchiquetés ou des villes détruites par un séisme, qui ont, un
jour, fait la une des journaux. Le sol de la pièce est jonché
quant à lui de milliers de pièces de puzzle abîmées, piétinées:
toute reconstitution s'avère donc impossible. Au centre de la
salle, trônent enfin quinze boules de billard qui nous invitent
au jeu. Malheureusement, elles portent toutes le fatidique numéro
8; de plus, la queue a été taillée en pointe acérée.
Reste la cuisine. Au centre trône un réchaud à gaz sur lequel
est dangereusement posée la bonbonne destinée à l'alimenter. Au
mur, seize photographies documentent un tour du monde dont l'énoncé
des étapes résonne comme un cauchemar. Les lieux photographiés
par l'artiste ne présentent aucun signe particulier: paysages
paisibles, ou cités endormies. C'est à la lecture des légendes
que nous sommes parcourus d'un frisson: chacun des sites photographiés
a connu, dans son passé, un épisode tragique: catastrophe naturelle
(Mont St-Helens (1980), San Fransisco (1906), etc.), ou drame
causé par l'être humain (Heysel (1985), Schweizerhalle (1986),
ou Alamogordo (1945)).
Christoph Draeger flirte avec le réel et le fictif, et manipule
ainsi notre imaginaire tout comme notre mémoire collective. Mais
il nous renvoie aussi à notre amnésie, à cette faculté que nous
avons d'occulter le danger, le péril, et la fragilité de notre
existence. Il nous rappelle que même dans le sommeil, dans le
jeu , ou dans nos rêves, la menace est toujours présente: menace
de dissolution du sens, menace de disparition, physique ou psychique.
Christoph Draeger
Né en 1965 à Zurich. Vit à Zurich.
Expositions personnelles
1991: Etablissements den face, Bruxelles
1993: Critical Distance, ADO, Anvers
Schleutelwerken, Galerie Fons Welters, Amsterdam, (avec OCI)
1995: Think Apocalypse, Galerie-Observatoire, Bruxelles
Filiale (org. attitudes), Bâle, (avec A. Bianchini, G.Motti, J.Mützenberg)
Belluard Bollwerk International, Fribourg 1997 Orchard Space,
New York
1998: Galerie Meile, Lucerne
Kunsthalle St-Gall ; Hotel, Zurich
Art 2998, Statements, Galerie Meile, Bâle
Stalke Galerie, Copenhague
Kulturzentrum Rosengarten, Gruesch.
Expositions collectives (sélection)
1992: In der Kälte, Kunsthalle Lucerne
1993: Members Only, Charles Poy Gallery, Barcelone
1994: Musée dArt Moderne, Liège; Prospectus, Laeken (Bruxelles)
Photographies, Galerie Janssen, Bruxelles
Jeune peinture belge, Palais des Beaux-Art, Bruxelles
Musée dArt et d'Histoire, Neuchâtel
Variations sur le charme discret de la bourgeoisie, Londres
1995: Etalage, Comptoir, Bruxelles
Jahresausstellung, Kunstmuseum, Bâle et Coire
1996: YoungART, Kunsthalle, Berne
YoungART, MAMCO, Genève
Musée d'Art, Verviers (Belgique)
Dennis Anderson Gallery, Anvers
NBGK, Berlin
1997: Swiss Institute, Red Cross, New York
Clocktower, PS1, New York
1998: Biennale de lImage, Paris
Institute for Contemporary Art, Moscou.
Avec ©USA (United Swiss Artists)
1988: Nature morte, SfG, Lucerne
1990: Schlaraffenland, Heiqel, Zurich
1994: M.U.S.E.U.M., Kunstmuseum, Lucerne
©USA in Amerika 1, Galerie Pinkus, New York
1995: Die Grosse Uberfahrt, Erfrischungsraum, Lucerne.
Avec ©USA II (Christoph Draeger et Martin Frei)
1995: Jedes Haus ein Kunsthaus, Museum für Gestaltung, Zurich
Un Ga Nai (projet pour un film documentaire expérimental), Japon
Vision-Illusion-Realität, Kunsthaus, Zurich
Sicherheit und Zusammenarbeit, Museum für Gestaltung, Zurich
1996: MAMCO, Genève
Shed im Eisenwerk, Frauenfeld
1997: Un Ga Nai, attitudes, Genève
Galerie Schindler, Berne
Institute for Contemporary Art, Dunauvamos, Hongrie.
Voir aussi
USA - united swiss artist
multiples |