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Fabrice Gygi
vernissage
le samedi 16 juillet 1994, dès 17 heures
du
16 juillet au 21 août 1994
du jeudi au dimanche de 16 à 20 heures
et sur rendez-vous
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Fabrice
Gygi et Absalon ont opté
tous deux pour une farouche indépendance. Leurs démarches
artistiques sont résolument singulières, résolument
différentes. Elles se rejoignent pourtant dans leur radicalité
et dans la qualité d'énergie que ces deux créateurs
déploient pour résister à l'emprise du corps social
sur le devenir d'un individu et de sa création. Cette résistance
peut prendre, de prime abord, l'apparence de la lutte, du repli, du refus
le plus strict. A y regarder de plus près, elle apparaît
plutôt comme la mobilisation de toutes les énergies de l'artiste,
énergies ramassées pour se libérer du poids des contraintes,
lui permettant de préserver sa puissance, son autonomie, son entrée
en action.
Fabrice Gygi construit des tentes - abri mais aussi espace transitoire,
"foyer" mobile; Absalon crée des cellules - habitat minimal
transportable, construit pour une personne seule. Dans les deux cas, il
est question de minimum vital, de survie et de nomadisme.
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Fabrice
Gygi, Palanque et Grande Tente, 2004
cliquer sur la première image
A Chêne-Bougeries,
Fabrice Gygi a planté sa tente au centre de l'une des salles du
rez-de-chaussée. Une Grande Tente de toile cirée
grise en forme de maison. Cet habitat précaire est placé
à l'intérieur du bâtiment, "à l'abri";
pourtant, il est solidement arrimée au plancher comme pour résister
aux intempéries. Ses orifices circulaires - douze hublots et une
porte - obturés par une toile orange, ne permettent ni d'observer
l'intérieur, ni d'y pénétrer. Toutefois, la tente
étant éclairée de l'intérieur, la luminosité
qui transparaît suggère une présence, invisible et
coupée du monde.
Au sous-sol, six autres petites tentes grises, tendues cette fois-ci entre
le mur et le sol, n'offrent pas, elles non plus, de possibilité
d'accès. Elles sont toutes, cependant, munies d'ajours qui devraient
permettre à l'être qui les occuperait de respirer et de surveiller
l'extérieur. A chacun de ces abris correspond une petite photographie
installée sur la colonne centrale de la salle. Face aux six tentes
donc, les images de six nombrils. Le nombril comme symbole du repli sur
soi, mais aussi de la perte de contact la plus originelle. Pour exister,
nous sommes tous condamnés à couper le cordon, à
assumer notre existence individuelle, et à lutter pour notre survie
comme le feraient les occupants hypothétiques des abris que constituent
les tentes.
L'idée de repli nous frappe encore davantage lorsque nous accédons
à la salle voisine. Nous nous trouvons face au mur de lourds sacs
de toile empilés et attachés entre-eux par l'artiste. Cette
oeuvre - intitulée Palanque - rappelle bien sûr les
barricades érigées pour parer aux violences d'une attaque
militaire ou d'un affrontement de rue. Mais les sacs nous renvoient eux
aussi à l'univers du transitoire, du minimum vital nécessaire
à une expédition.
Fabrice Gygi, Six
tentes avec nombrils, 1993-1994 et Rapporteur d'eau, 1994
Dans la cour
couverte, espace en pente anciennement destiné au pesage et au
chargement des camions, Fabrice Gygi a installé son Rapporteur
d'eau. Il s'agit d'un chariot surmonté d'une large cuve rectangulaire
à plan ajustable, remplie d'eau, qui rend le visiteur sensible
à la déclivité du sol. L'effet de serre provoqué
par la verrière entraîne l'évaporation progressive
de l'eau et augmente le taux d'humidité de l'atmosphère.
Touffeur et moiteur d'un espace clos, et nouvelle invitation au voyage
par la présence du chariot. Un chariot qui mesure de surcroît
l'instabilité du monde.
Lors de sa performance intitulée "Authority Finger",
l'artiste fait subir une mystérieuse opération à
son index droit. Après s'être mêlé au public,
il s'installe à une table, ouvre une mallette et en extrait consciencieusement
le contenu: un réchaud à gaz, une petite casserole, des
récipients, et un doigt de bronze. Chacun de ses gestes est mesuré,
pesé, sacralisé, et la performance se déroule dans
un silence pesant. Gygi prépare alors une étrange décoction
qu'il verse, bouillante, sur son doigt recouvert de son étui
de bronze équipé d'un entonnoir. Après quelques
minutes d'attente, il démonte, nettoie, puis remballe son matériel.
Tout se passe comme si l'artiste, tel un sorcier, avait voulu jeter
un sort à l'autorité - figurée ici par son index
pointé. Mais on ne se libère pas si facilement du pouvoir
établi: pour atteindre l'Autre, Gygi s'est mutilé lui-même;
l'ensemble du rituel s'est déroulé sous l'oeil vigilant
d'une caméra de surveillance, un contrôle que l'artiste
seul a choisi de s'imposer.
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Fabrice Gygi, Authority
Finger, performance, 18 août 1994
Fabrice Gygi
(CH, né en 1965, vit à Genève)
expositions personnelles
1994 attitudes, Genève, (avec Absalon) / Espace d'Art Contemporain,
Lausanne / 1993 La Régie, Genève / 1991 Galerie Skopia, Nyon
/ 1990 Galerie M/2, Vevey / 1988 Galerie Coop, Genève / 1984
Centre Genevois de Gravure Contemporaine, Genève
expositions collectives
1994 Migraçoes, Museu de Arte de Sao Paolo / Jedes Haus ein Kunsthaus,
Museum für Gestaltung, Zurich / 1993 7 Westschweizer Künstler/innen,
Kleines Helmhaus, Zurich / 1991 Sub Trans Alpina, Fort de Bard,
Vallée d'Aoste / 1990 7 artistes aménagent M/2, Vevey / 1989
Palais de l'Athénée, Genève / 1986 Fiasco, Genève / 1985
Xilon, Bulle, Gênes, Baden-Wurtemberg, Winterthur
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