Les oeuvres et les interventions d'Eric Hattan entretiennent toujours un lien spécifique avec l'espace dans lequel elles sont présentées. L'artiste prend en effet en compte tant la configuration des lieux que leur histoire, leur pouvoir d'évocation ou leur inscription dans un tissu urbain donné. Ses travaux, in-situ ou réalisés en atelier, se situent de plus aux confins de la sculpture et de l'architecture: l'oeuvre n'est pas simplement intégrée à l'espace, elle l'occupe, le transforme, le transgresse, pour nous en offrir une nouvelle interprétation. Par le titre Entre qu'il donne à son exposition de Chêne-Bougeries, Eric Hattan nous dévoile certaines clefs de lecture de son travail: jeux entre l'intérieur et l'extérieur, le "dedans" et le "dehors" de l'oeuvre, ainsi qu'entre le lieu de l'exposition et la rue. Une façon de nous inviter à une réflexion plus large sur notre environnement quotidien, sur les liens que nous entretenons avec l'espace privé, l'espace voué à l'art ou encore avec l'espace public.
Eric
Hattan, Les Lits, 1993 - 1994 et Réverbère,
1994
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Eric
Hattan, Double face, 1994
Vues de l'extérieur, certaines des ouvertures du rez-de-chaussée (fenêtres et porte) ont été volontairement murées, à l'image d'autres maisons du quartier dont on désire interdire l'entrée avant leur démolition ou transformation. Un clin d'oeil au statut provisoire de l'espace d'exposition lui-même, qui n'aura qu'une durée de vie temporaire. Comme le suggère le titre de cette intervention - Double face -, la salle peut être appréhendée tant de l'extérieur que de l'intérieur, en suivant le parcours imposé par l'artiste. A l'intérieur, l'artiste nous invite à pénétrer dans une salle dont l'accès a été modifié. Les deux portes intérieures sont elles aussi murées, et le visiteur se voit obligé d'y pénétrer en traversant les toilettes, qui deviennent alors un lieu de transit. Cette "violation" d'un espace des plus intimes nous incite à réévaluer les codes, les tabous et toutes les connotations affectives ou psychologiques que nous associons à une simple pièce, à un espace donné. Il en va de même lorsque, depuis la pièce voisine, nous sommes invités à observer la salle à travers un judas: le judas n'est en fait qu'une petite loupe modifiant notre perception visuelle, mais une loupe qui protège habituellement notre sphère privée, et nous prémunit face à une éventuelle menace extérieure. Ici, placé dans un espace "public" (un lieu d'exposition), il perd toute fonction protectrice et nous convertit en voyeurs. Erci Hattan (né en 1955, vit à Bâle) expositions personnelles (sélection) 1994 Entre, attitudes, Genève/ Galerie Skopia, Genève, (avec S.Bächli) / 1993 IAGO Gallery, Paris / Galerie Skopia, Nyon / 1992 Kunsthalle, Saint-Gall / Museum für Gegenwartskunst, Bâle, (avec S.Bächli) / 1990 Shedhalle, Zurich / Galerie Skopia, Nyon / 1989 Wartsaal/Salle d'attente, Gare de Bienne / 1988 Filiale Soussol, Bâle / 1985 Künstlerhaus, Stuttgart, (avec S.Bächli)/ Raum 104, Rote Fabrik, Zurich / 1983 Filiale, Bâle / 1982 Filiale, Bâle / Apartement, Genève / 1981 St. Galerie, Saint-Gall expositions collectives
(sélection)
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