Pantalla
suiza - écran suisse
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Comment proposer
une approche à la fois personnelle et représentative de la production
artistique suisse dans le domaine de la vidéo actuelle? Comment
articuler notre sélection en fonction du contexte particulier pour
lequel il est élaboré, c'est-à-dire la ville de Madrid, une série
d'événements artistiques suisses présentés parallèlement à ARCO
2003, et le site du Museo
Nacional Centro de Arte Reina Sofia?
La Suisse est
un petit pays qui compte beaucoup d'artistes très intéressants.
Comme dans la plupart des pays où il existe une forte production
artistique contemporaine, la vidéo tient une place de plus en plus
importante. Partout, notamment dans les grandes manifestations internationales
d'art contemporain, les curateurs se posent la question de la présentation
des différents types de vidéos. En effet, si les vidéos courtes
ou en boucle qui sont montrées sur un moniteur peuvent être aisément
placées dans un espace d'exposition, toutes les autres œuvres vidéos
posent de nombreuses difficultés de présentation, et donc de lecture
: salles obscures, nuisance sonore d'une salle à l'autre, matériel
coûteux, possibilité de s'asseoir, et bien sûr la longueur des films
qui est souvent peu compatible avec la durée moyenne d'une visite
d'exposition.
Ces dernières
années, diverses expositions d'art contemporain suisse ont proposé
des solutions à ces problèmes. L'exposition collective Freie
Sicht aufs Mittelmeer, réalisée en 1998 au Kunsthaus
de Zurich, a intégré de nombreux travaux vidéos par le biais
du videolounge conçu par Costa Vece. Quelques mois plus tard, au
Centre culturel suisse à Paris,
l'exposition Dogdays are over a poursuivi dans une voie similaire
avec la vidéothèque mobile construite par Fabrice Gygi. Dans le
même lieu, au début 2000, l'exposition Pulsions
a proposé quant à elle une nuit de projection de vidéos et films.
D'autre part, certains musées comme le Mamco
à Genève, ont transformé une de leurs salles d'expositions en salle
permanente de projection. Parallèlement, des festivals aussi différents
que la Biennale de l'image en mouvement, organisée par le Centre
pour l'image contemporaine à Genève depuis 1985, Viper,
initié à Lucerne puis développé à Bâle, VideoEX
à Zurich, ou Visions du réel
à Nyon élargissent leurs spécificités initiales et prennent en compte
des œuvres issues du champ de l'art contemporain, du cinéma expérimental
ou du documentaire de création.
A la suite de
ces considérations, nous proposons pour le contexte madrilène PANTALLA
SUIZA, un ensemble de six programmes de vidéos et de films. Nous
avons pris en compte le travail de nombreux artistes, mais nous
avons aussi dû écarter de très nombreuses œuvres qui ne peuvent
être montrées dans cette situation. Notamment des œuvres vidéo qui
fonctionnent en installation ou en projections multiples, des bandes
vidéo avec des dialogues qui n'existent qu'en allemand ou en français,
ou qui sont trop longues pour faire partie d'un programme mélangé.
Pour les projections
en façade extérieure du Reina Sofia, nous présentons deux programmes
: un focus Eric Hattan, qui réalise un montage de courts fragments
d'une vingtaine de ses vidéos, et Swiss mix 1, qui regroupe
des vidéos de onze artistes. Etant donné le contexte de l'espace
public extérieur (excepté pour la vidéo Telephones
de Christian Marclay qui est présentée sur moniteur
dans le hall du musée), nous avons choisi des bandes plutôt
courtes, non narratives, où les dialogues et le son ne sont pas
primordiaux à la réception des œuvres, de telle manière que ce programme
puisse être regardé à partir de n'importe quel moment, pendant une
durée libre. Il est surtout composé de bandes récentes, et de quelques
autres plus anciennes, dont celle où l'on voit Thomas Hirshhorn
distribuer gratuitement ses œuvres à l'entrée d'une bouche de métro.
Dix ans plus tard, ses œuvres sont très recherchées par les collectionneurs
qui fréquentes les grandes foires d'art, dont ARCO fait partie.
Pour les projections
dans l'auditorium du Reina Sofia, nous proposons quatre programmes
différents. Swiss mix 2 permet de découvrir dix autres artistes
suisses, avec des œuvres plus narratives ou qui demandent une concentration
plus importante. Nous consacrons un focus à Emmanuelle Antille,
une jeune artiste qui développe son travail dans des installations
vidéos, des films et des photographies, et qui travaille de plus
en plus dans un esprit de réalisatrice de cinéma. Elle représentera
la Suisse à la Biennale de Venise en 2003. Un autre focus est dédié
à Peter Fischli & David Weiss qui font partie des artistes suisses
les plus connus sur le plan international, et dont les deux films
réalisés au début des années 80 gardent toute leur fraîcheur et
leur pertinence aujourd'hui, et représentent un condensé significatif
de l'esprit de leur travail. Enfin, nous projetons War photographer
réalisé par le cinéaste suisse Christian Frei. Par le biais de sa
caméra, on est invité à suivre le photographe américain James Nachtwey
sur les lieux brûlants de son activité quotidienne, au cœur des
conflits qui, malheureusement, constituent une partie importante
de l'actualité mondiale.
Jean-Paul Felley
& Olivier Kaeser
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