Santa
Lemusa - Hoio
"Ces
informations sont à considérer avec la plus grande prudence". "On
ne sait ni quand, ni où ces images ont été tournées". Ce genre de
mises en garde est de plus en plus fréquent dans les médias et en
particulier lors de situations de guerres et de conflits qui, aujourd'hui,
sont relayées par un flux d'informations en continu. Cependant,
l'information immédiate est également celle qui est la plus facilement
manipulable. Que sait-on vraiment d'une guerre quand l'information
est en partie contrôlée par les belligérants ? On peut même se demander
si la sous-information et la sur-information n'aboutissent pas au
même "résultat" : la désinformation.
L'histoire
a toujours été écrite avec des ratures, des approximations et des
modifications. Il arrive que des informations fausses fassent la
"une" des médias, malgré leur vigilance. Il se peut aussi que des
documents restent en partie mystérieux et obligent une intense utilisation
du conditionnel ou que des nouvelles importantes soient délaissées
notamment à cause d'un manque d'images.

Vue d'ensemble
de l'exposition
"La
télévision informe en déformant ou, plus exactement, elle informe
en construisant son propre réel." (1) En effet, la réalité est une
notion subjective et perméable. Plusieurs réalités coexistent, légitimées
par des témoignages, des documents ou des croyances. Truffes de
Chine est une manifestation qui tente de sonder différents aspects
tant de la réalité que de la fiction, puisque ces deux notions s'interpénètrent
davantage qu'elles ne s'opposent. Au cœur de ce mélange qui touche
tous les domaines, il y a le document, et à l'ère de "la photographie
démocratique", le principal type de document, c'est l'image.
L'image,
c'est également la matière première des artistes qui en proposent
de multiples usages. Les œuvres rassemblées dans l'exposition sont
constituées en majorité de documents et de photographies noir/blanc,
qui évoquent fortement des images d'archives, telles qu'on peut
les trouver dans la presse ou dans des ouvrages scientifiques. Elles
jouent des codes esthétiques et référentiels de certains types de
documents, et elles activent le potentiel de sérieux et de fiabilité
que ceux-ci véhiculent. Elles interpellent le spectateur au niveau
de son imaginaire, dans un sens que nous espérons stimulant et ouvert
bien au-delà du cadre de l'exposition. "Car toute fiction joue avec
la foi du spectateur, mais l'éduque également au scepticisme, l'initie
à un doute salvateur en matière de vigilance face aux entreprises
de propagande ou de désinformation. Bref, la fiction forge les esprits
critiques." (2)

Vue d'ensemble
de l'exposition
Et
la truffe dans tout ça ? Lorsqu'on évoque la truffe, on pense avant
tout à la précieuse truffe noire du Périgord (Tuber melanosporum
Vitt ou Tuber nigrum Bull) ou encore à la savoureuse truffe blanche
d'Alba (Tuber magnatum Pico), mais certainement pas à la Tuber Indicum
Cooke et Massée, plus communément appelée truffe de Chine. Elle
est pourtant bien réelle cette truffe de Chine, et il paraît qu'elle
est même bien plus fréquente dans les assiettes que sa fameuse cousine
du Périgord. Visuellement, rien ne distingue la truffe du Périgord
de la truffe de Chine. Les deux existent, les deux sont vraies.
La différence est ailleurs.
Jean-Paul
Felley & Olivier Kaeser
1 - Patrick Chareaudeau et alii, "La télévision et
la guerre. Désinformation ou construction de la réalité.", INA-De
Boeck Université, Paris, 2001, cité dans un article de Nancy Dolhem
paru dans Le Monde diplomatique, juillet 2001, p.27
2 - Richard Leydier, Des histoires ordinaires et extraordinaires,
préface à artpress, hors série, Fictions d'artistes, Paris, avril
2002.
L'exposition
Truffes de Chine a pu être réalisée grâce au soutien du Département
de l'Instruction Publique de l'Etat de Genève. L'œuvre de Marco
Poloni a été coproduite par le Fonds cantonal d'art contemporain
(Genève). La participation de Janice Kerbel à l'exposition a reçu
le soutien du British
Council.
Nous remercions tout spécialement le Centre
pour l'image contemporaine, le Mamco
et des collectionneurs genevois pour la réalisation des nouvelles
oeuvres de Alain Bublex; ainsi que la rédaction du quotidien Le
Temps, en particulier à Lorette Coen et à Elisabeth Chardon.
Pour
sa programmation 2003, attitudes bénéficie du soutien de l'Office
Fédéral de la Culture, du Pour-cent
culturel Migros et de l'entreprise Rampini
Constructions. Le quotidien Le
Temps et Imaginer Software
- l'alternative informatique sont partenaires d'attitudes.
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