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"Circulez, y rien à voir !" Si ce n'était son caractère impératif
et sa connotation policière, cette formule fournirait de quoi
résumer rapidement une lecture possible de l'exposition de Yan
Duyvendak. Non pas que le regard y soit prohibé, mais parce que
la déambulation semble bien le seul moyen d'approcher ce qui est
en jeu, tant l'attitude contemplative paraît d'emblée déplacée.
Seul semble suffire en effet le temps nécessaire à une identification:
celle de la vraie nature des objets dont on nous cache la face
(les miroirs), ou celle des procédés mis en oeuvre à la réalisation
d'une image ou d'un report sur bande magnétique. Même s'ils sédui-sent,
au sens où ils détournent (non du bien mais de la ligne droite),
ces éléments ne font que cela, et là est leur rôle. L'errance
reste bien le seul recours à qui se laisse séduire: tout le fait
dévier mais rien ne l'arrête.
Un dispositif qui invite donc à la traversée, d'un espace assurément,
mais aussi des apparences (comme Alice, nous sommes derrière le
miroir). Un espace complexe à l'origine, marqué par des seuils,
passages et escaliers, qui prend au cours du trajet une forme
mentale dont les discrètes interventions délimitent en quelque
sorte le contour. L'expérience de la déambulation s'effectue sous
le signe de la réminiscence, le sens de chaque élément découlant
principalement de la résonnance qu'il entretien avec les autres:
l'image de soi que les miroirs refusent, l'image que donne de
ceux-ci une photo prise, des fleurs offertent qui se donnent à
voir et s'empêchent de flétrir, une photo qui garde pour elle
le nom de son objet et qui donne lieu à toutes sortes d'interrogations,
l'ombre portée d'un bouquet retiré. Ces réalités différées, toutes
soumises au régime d'une respiration régulière, trouvent leur
contrepoint vertical et sonore dans les trois versions de la chute
d'eau. A l'instant fatal où la goutte s'écrase, le plan d'eau
imaginaire s'anime, trouble l'image qu'il renvoie au repos, puis
retrouve son calme, jusqu'à ce que la prochaine goutte rende méconnaissable
le reflet recomposé par le temps. Ainsi, de la source au point
de chute, l'existence éphémère de la goutte entraîne la petite
mort de l'image. A l'inverse de la tragédie de Narcisse, définitivement
anéanti par la fixité de son reflet, rien n'est jamais joué dans
la querelle entre l'image et sa dissolution qui est ici proposée.
Au fil du temps, les plantes poussent, les fleurs fanent, la bande
tourne et les traces s'effacent, tout cela dans une ancienne distillerie
condamnée à disparaître.
David Ripoll, septembre 1994
Yan Duyvendak
né en 1965, vit à Genève
expositions personnelles (dès 1990)
1997 : attitudes, Genève
Galerie de Expeditie, Amsterdam
Salle Crosnier, Palais de lAthénée, Genève
1995 : Galerie de Expeditie, Amsterdam
Galerie Gisèle Linder, Bâle, (avec R.Levi)
1994 : Beau-Séjour, Galerie Low Bet, Genève
attitudes, Genève (cat.)
1993 : Des Pair I, Galerie Rivolta, Lausanne
Des Pair II, Galerie Andata-Ritorno, Genève
Le vrai du faux, Galerie Oboro, Montréal (cat.)
1991 : Galerie Rivolta, Lausanne
Galerie Andata-Ritorno, Genève
1990 : Stadtgalerie Obere Mühle Dübendorf, Zurich.
expositions collectives (sélection dès 1990)
1997 : Festival Inrockuptibles,France
The single use camera show, attitudes, ProjektRaum, Zurich
1996 : Rencontres Arts Electroniques 02, Rennes
High-Low vidéo, Genève et CAN Neuchâtel
Auto-Reverse 2, CNAC, Le Magasin, Grenoble
Dialogues, attitudes, Musée cantonal des Beaux-Arts, Sion
1995 : Art 95, Videoforum, Bâle
De Expeditie, Amsterdam
Festival vidéo, Gentilly
Gang Warfare, The McKinney contemporary, Dallas et IAS, Londres
1994 : In Vivo, In Vitro, Genève (cat.)
Vidéo, Espace Flon, Lausanne
1993 : Galerie Aphone, Genève
Quelques travaux au sol et une peinture, Musée cantonal des Beaux-arts,
Sion
Galerie Gisèle Linder, Bâle
1991 : Autrement dit, Fribourg (cat.)
Ex aequo, St-Imier (cat.)
1990 : Linvitation au Château, Château de Villa, Sierre.
Performances (Keep it fun for yourself)
1997 : Muthesius Hochschule, Kiel
Espace Jules Verne
Kunsthalle Bâle
Kunsthalle Palazzo, Liestal
Musée cantonal des Beaux-Arts, Sion
1996 : Cabines de bain, attitudes, Fribourg
Accumulator, Filiale, Bâle
1995 : Low Bet, Genève
Fondation Cartier, Paris
Corps en scène, attitudes, Centre dArt Neuchâtel
Kaskadenkondensator, Bâle.
Voir aussi
Corps en scène
Cabines de bain
single use camera show
Rêve no 36
multiples |